Pourquoi la neutralité du Net est importante (première partie)

Rédigé par antistress le 29 novembre 2009 - Aucun commentaire

Logo de la neutralité du Net

Comme promis dans mon précédent billet, je reviens sur le sujet ô combien important de la neutralité du Net.

Introduction

Principe de neutralité d'Internet :

Tout le monde sur la planète (internaute ou entreprise) doit avoir accès au même Internet.
Un Internet neutre permet l'égal accès aux services et contenus.

Comment ?

Le principe de neutralité du réseau consiste à exclure toute discrimination à l'égard de la source, de la destination ou du contenu de l'information transmise via le réseau.

Rappel : Internet, conçu selon le principe du "bout en bout", est fondamentalement neutre [1]

Internet est un réseau de réseaux (son nom vient d'ailleurs de l'anglais « Inter Networking »). Pour fonctionner ensemble, il suffit que ces réseaux parlent le même langage (on parle de protocoles) peu importe le type d'infrastructure ou d'équipement utilisés. Tous ces réseaux sont gérés par des opérateurs de différents niveaux ; en bordure du réseau on trouve les Fournisseurs d'Accès à Internet (F.A.I.) qui connectent les utilisateurs finaux (vous et moi).

Le principe du "bout en bout" implique que les partenaires d'une communication dialoguent depuis chaque extrémité du réseau pour établir et gérer leur communication. Les éléments intermédiaires sont transparents et n'interviennent pas dans le dialogue. Les objets d'extrémité (les ordinateurs connectés) étant "intelligents", ils sont à même de prendre les décisions nécessaires.

Il n'y a pas de position intrinsèquement privilégiée sur le réseau : chaque ordinateur connecté à Internet a les mêmes potentialités. Ceci permet aussi une extension du modèle client/serveur : un serveur n'est plus forcément lié à un équipement particulier puisque tout ordinateur connecté à Internet peut devenir serveur et n'importe quel autre ordinateur peut en devenir client. C'est cette caractéristique qui a rendu possible la prolifération des serveurs Web dans le monde entier. N'importe qui possédant un ordinateur connecté à Internet peut en effet installer son propre serveur Web. Elle est également fondamentale pour les applications de pair à pair (« peer to peer » en anglais, ou P2P).

Pour résumer, le principe du "bout en bout" consiste à un avoir un réseau se comportant comme un vulgaire tuyau dénué d'intelligence. L'intelligence se trouve en périphérie du réseau, dans les ordinateurs connectés qui gèrent eux-même leurs communications.

Internet, tel qu'il a été conçu, est donc fondamentalement neutre.

Menace :

Celle-ci est double au regard du principe du "bout en bout" sus-énoncé :

  • la transformation d'Internet en Minitel 2.0
  • la tentation des opérateurs du réseau et des industries du contenu de créer de nouveaux modèles économiques basés sur la discrimination, le filtrage et la priorisation des informations circulant sur le réseau.

L'évolution d'Internet : vers un Minitel 2.0

La question de savoir si Internet n'est pas devenu en fait un Minitel 2.0 a été pertinemment posée par Benjamin Bayart, un des experts hexagonaux d'Internet et défenseur assidu de sa neutralité (voir les liens donnés en fin du prochain billet).

Deux tendances fortes tendent, en effet, sous l'impulsion des opérateurs du réseau, à dénaturer Internet en le centralisant à l'excès, à la façon du réseau Minitel :

  • d'une part, la réduction drastique du nombre d'acteurs du réseau (les plus gros absorbant les plus petits). D'un point de vue strictement économique, c'est le signe de l'arrivée à maturité du marché de l'accès à l’internet,
  • d'autre part, l'accroissement exponentiel du seul débit descendant, qui tend à cantonner Internet dans un rôle de simple télévision améliorée.

À l'appui de la première assertion on retiendra que le marché français de l'accès à Internet a complétement changé de morphologie en dix ans (souvenez-vous de FranceNet, Worldnet, Infonie, Mageos, AOL, CompuServe, Freesbee, LibertySurf, Tiscali, WorldOnline, Club Internet...). Le secteur s'est réorganisé principalement autour de 3 acteurs (Orange, Free et SFR ; Bouygues Telecom, Numericable, et quelques autres se partageant les miettes).

À l'appui de la seconde assertion, on notera que le haut débit en France est synonyme d'ADSL. Or l'ADSL propose un débit descendant moyen de 2 Mbit/s contre un débit montant seulement compris entre 128 et 700 Kbit/s (selon les zones géographiques et les offres commerciales) ce qui revient à dire que le débit d'émission de l'internaute est 3 à 16 fois inférieur à son débit de réception ! Pire, l'ADSL2 propose un débit descendant moyen porté à 8 Mbit/s pour un débit montant inchangé soit un rapport qui atteint 11 à 63 selon les cas.
Le principe sus-énoncé selon lequel « tout ordinateur connecté à Internet peut devenir serveur et n'importe quel autre ordinateur peut en devenir client » prend un sérieux coup puisque les caractéristiques de votre connexion, à haut débit mais seulement dans un sens, tendent à vous cantonner dans un rôle passif de récepteur.
A noter que le câble, moins répandu chez nous pour l'accès à Internet (Numericable en reste aujourd'hui le seul acteur), propose également un débit largement asymétrique (d'un facteur 20), alors que le très haut débit, encore émergeant, rétablit la symétrie (ou presque), permettant de nouveaux usages dans l'esprit initial d'Internet.

Cette transformation progressive d'Internet en Minitel 2.0 crée les conditions d'une remise en cause de la neutralité du réseau par ses principaux acteurs.

Enjeux de la neutralité d'Internet :

  • pour l'utilisateur : une question de liberté (liberté de s'informer, liberté de s'exprimer). Pas de liberté sans confiance dans le médium.
  • pour les acteurs économiques : l'égalité de traitement permet la concurrence par l'innovation (laquelle bénéficie in fine au consommateur).

Fin de l'introduction, la suite au prochain billet.


[1] Je reprends ici quasi littéralement cette excellente introduction

Ceci est un article issu de l'ancienne version du site.

6 commentaires:

Cantor 29 novembre 2009 11:36
Bonjour,
Ton article est très intéressant, mais je ne suis pas sûr qu'il y ait vraiment un rapport entre la neutralité du net et le minitel 2.0 (mise à part celui qui à popularisé ces deux notions en France : Benjamin Bayart).
Si ton débit montant est faible, cela ne veut pas dire que le réseau est non neutre. La preuve FDN (le FAI de Benjamin Bayart) propose de l'Adsl.
De même, tu peux avoir un réseau non neutre avec la fibre.
Si la neutralité du net et le minitel 2.0 sont deux dangers dont il faut parler, il est dommage qu'ils soient systématiquement confondu. Ce sont deux problèmes distincts !
LTP 29 novembre 2009 17:08
A mon sens, le principe de la "neutralité du net" et le principe du "bout en bout" sont fortement interdépendants. En effet, c'est parce que l'information a commencé à se concentrer à certains points de la périphérie et également au centre du réseau que le problème de la neutralité du Net a commencé à se poser. En effet, si l'information était correctement répartie en périphérie et que les FAI s'occupaient uniquement du "transit" le problème de la neutralité du net ne se poserait pratiquement pas. Si en théorie les deux principes sont distincts, la réalité impose de les examiner ensemble.
LTP
PS : Antistress, ton module pour enregistrer un commentaire est vraiment pourri !
antistress 29 novembre 2009 17:29
Je pense que vous avez tous deux raison.
Comme dit Cantor les deux ne doivent pas être confondus car la neutralité du Net peut être remise en case indépendamment de l'état d'Internet, qu'il soit ou non minitélisé. L'argument est pertinent. Et effectivement les deux sont souvent confondus. Moi-même j'ai failli intégrer cette question au développement mais, heureusement pour moi, à la dernière minute je me suis rendu compte que c'était plus cohérent que ce soit présenté dans l'introduction. Car en effet, la neutralité du Net peut être présentée indépendamment de l'aspect Minitel 2.0.
D'un autre côté, comme je le dis dans mon billet (« Cette transformation progressive d'Internet en Minitel 2.0 crée les conditions d'une remise en cause de la neutralité du réseau par ses principaux acteurs ») et comme LTP le signale également, les deux sont liés dans les faits. La concentration des opérateurs leur a donné le pouvoir de remettre en cause la neutralité du Net. La minitélisation d'Internet a indubitablement modifié les rapports de force entre les intervenants du réseau (opérateur, fournisseur de contenus, internaute) et créé un terrain favorable à la remise en cause du principe de neutralité du réseau.
Merci en tout cas à Cantor pour cette mise au point importante car, anéfé, ce sont deux sujets distincts (mais qui se rejoignent parfois - comme ici je pense)
Cantor 29 novembre 2009 17:34
« Si les FAI s'occupaient uniquement du "transit" le problème de la neutralité du net ne se poserait pratiquement pas »
Tous à fait d'accord, mais c'est un peu une tautologie ;)
En fait c'est un peu la définition de la neutralité de dire que les FAI ne s'occupe que du transit (indépendamment de ce qui est transporté).
Maintenant deux exemples d'atteinte à la neutralité du net:
- les FAI demandent à dailymotion de payer si ces dernier veulent que leur donnée soit correctement transporter (c'est ce qui s'est passé avec Free je crois).
- les FAI s'arrange pour que leur service de VOD soit mieux transmis que des service Pair à pair (bitorrent, ...) Le premier exemple est dans le cas du "minitel 2.0", le second dans le cas d'un internet pair à pair. Et pourtant dans les deux cas le problème de la neutralité du réseau se pose.
Le problème à mon humble avis, est que les opérateurs qui transmettent le contenu, veulent aussi fournir du contenu (VOD, téléphonie) et donc veulent tuer la concurrence en portant atteinte à la neutralité du réseau.
Google est l'exemple typique de la société qui est pour un modèle minitel 2.0 et pour la neutralité du réseau. Par contre effectivement, les FAI sont pour un minitel 2.0 et utilise le non-neutralité pour imposer leur vision.
Pour résumer je dirai que la neutralité du réseau peut se résumer à la libre concurrence, mais ne s'oppose pas au modèle du minitel. Sauf que tu aura le choix entre plusieurs minitels (youtube vs dailymotion, gmail vs hotmail ...) Par contre le s'opposer au minitel 2.0 c'est proposer meilleur usage du net (plus désentralisé), qui pourrait être possible sue un réseau non neutre (on bloque youtube mais pas le p2p).
Maintenant je m'offusquais surtout du raisonnement (foireux): ADSL = Minitel donc ADSL=réseau non neutre (et d'ailleurs l'adsl montre bien que les deux problème sont distinct car c'est du minitel tout en étant a priori neutre)
LTP 30 novembre 2009 00:32
Totalement d'accord avec les derniers commentaires de ANTISTRESS et de CANTOR !
J'aime terminer avec un consensus ;-).
antistress 30 novembre 2009 00:57
Arrête Cantor, tu es en train de manger mon prochain billet ;-)
D'ailleurs je devais le finaliser aujourd'hui mais j'ai pas eu le temps donc ça attendra la semaine prochaine :-/
LTP : j'en ai pas fini avec toi ;-)

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