Quand totalitarisme rime avec capitalisme (et vice versa)

Rédigé par antistress le 10 mai 2014 - 2 commentaires


Le capitalisme :
la réponse à tout ?



J'entends souvent dire : Le communisme c'est la dictature. Ce qui revient, sur le vu de quelques rares expériences de régimes communistes, à assimiler de facto un régime économique à un régime politique.

Il peut alors être intéressant de se souvenir qu'il existe des exemples de régimes totalitaires fondés sur le capitalisme :

Vers 1935 [...] le régime stalinien repoussait les bornes concevables du totalitarisme en asservissant à l'État l'ensemble de l'économie, remplaçant le marché par la terreur en tant qu'instrument de régulation. Plus proche géographiquement, l’Allemagne s'installait dans l'expérience nazie, démontrant que le totalitarisme pouvait tout à fait se passer de la suppression de la propriété privée des moyens de production et d'échange – Emmanuel Todd dans « Après la démocratie » (2008), collection folio actuel, p.118-119.

Par ailleurs, on peut aller un peu plus loin et se souvenir que l'on s'accorde généralement à reconnaître que la montée du nazisme est la conséquence de la crise de 1929, grave crise économique produite par le capitalisme.

Et remarquer, à l'instar de Benjamin Bayart dans cette récente vidéo (court passage, de 29m48s à 32m20s), que la montée actuelle du fascisme en Europe se produit sur fond de crise économique (que l'on appellera, dans quelques années, la crise de 2008) et d'inégalités économiques de plus en plus fortes.

Sur le constat historique d'un système économique capitaliste qui produit des inégalités dont la croissance est exponentielle, voir cette courte interview (d'une durée de 8m34s) de Thomas Piketty, qui vient de publier, en 2013, « Le Capital au XXIe siècle » (voir ici pour une conférence complète de sa part sur le sujet). Ainsi, au delà du fait que, à ce jour, en France, les 10% les plus riches possèdent 60% du patrimoine total tandis que les 50% qui possèdent le moins ne possèdent que 5%, le phénomène inquiétant est bien que l'augmentation des hauts patrimoines est bien plus rapide que la croissance : respectivement 7-8% pour la hausse des patrimoines, contre 1-2% pour la croissance de la production et des salaires.

Dit comme ça, ça peut paraître abstrait. Mais cela veut dire qu'il suffit de 33 ans pour qu'un capital de 10€ devienne 100€, quand la production mettra 156 ans pour réaliser la même progression (le capital culminera alors à plus de 738 000€).

J'ai réalisé pour vous un diagramme (avec le logiciel libre LibreOffice Calc) permettant de visualiser la tendance :

Diagramme d'évolution du capital et de la production sur 33 ans (base 10)
Évolution comparée du capital et de la production sur 33 ans
(hypothèse de croissances respectives de 7,5% et 1,5%)

Il n'y a pas de conclusion à ce billet qui n'a d'autre ambition que de donner ou rappeler certains éléments de débat.

J'inaugure, avec ce court billet, la catégorie "société" du blogue.

2 commentaires

#1  - Otyugh a dit :

"en France, les 10% les plus riches possèdent 60% du patrimoine total" tandis que "les 50% qui possèdent le moins ne possèdent que 5%"

Tu aurais la source, s'il te plaît ?

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#2  - antistress a dit :

@Otyugh : Thomas Piketty, « Le Capital au XXIe siècle », 2013.
Et ça, c'est juste en France.
Au niveau mondial, les 85 personnes personnes les plus riches détiennent autant que les 3,5 milliards les plus pauvres.
C'est-à-dire qu'on parle de près la moitié de la planète vs un autobus même pas rempli.
http://blogs.rue89.nouvelobs.com/americanmiroir/2014/04/18/piketty-superstar-hollande-la-ignore-lamerique-la-adoube-232744

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