Misez sur le Libre

Jetons de poker

Je ne pense pas que l'argent soit un but en soi ni qu'il doive être diabolisé.

À l'origine de l'argent il y a l'idée fondamentale du troc :

A convoite le bien de B : A va proposer à B un de ses biens en échange. Si A ne possède rien qui puisse intéresser B, A pourra tenter de se procurer auprès de C un bien qui intéresse B. On s'aperçoit que le troc atteint vite ses limites.

L'argent offre le niveau d'abstraction requis pour développer le troc : c'est un bien échangeable contre tous les autres. A va échanger son bien contre de l'argent qu'il pourra ensuite échanger contre le bien désiré.

Quel rapport avec la choucroute me demanderez-vous ?

Comme vous le savez, la notion de logiciel libre est assez méconnue, et parmi ceux qui en ont entendu parler, beaucoup ne font pas la différence avec le logiciel simplement gratuit.

Rappelons qu'un logiciel est libre lorsque vous avez accès à son code source et que vous avez le droit non seulement de l'utiliser, mais aussi de le modifier et de le redistribuer y compris dans sa version modifiée.

Le caractère gratuit ou payant ne change rien à l'affaire. Vous avez ainsi tout à fait le droit de vendre des copies d'un logiciel libre (par exemple pressées sur un CD avec boite et notice). Inversement un logiciel gratuit ne sera pas nécessairement libre s'il restreint vos droits d'utilisateur en vous interdisant la copie, la modification ou l'accès au code source.

En réfléchissant un peu, dans la mesure où le logiciel libre me donne plus de liberté et me permet de me réapproprier le contrôle de mon ordinateur (le code source étant librement consultable et modifiable, l'auteur du logiciel ne peut raisonnablement espérer brider artificiellement certains usages du logiciel ou insérer des fonctions destinées à espionner l'utilisateur), je serais enclin à payer d'avantage pour un logiciel libre.

Accessoirement, dans une société où on a pris l'habitude de valoriser les choses d'après leur prix, on s'aperçoit que les qualités des logiciels libres (en termes de droits et de liberté) seraient sans doute mieux perçues si ces derniers étaient non seulement payants, mais aussi plus chers – à qualité technique égale – que leurs homologues non-libres.

En ce qui me concerne, je n'utilise pas les logiciels libres pour réaliser des économies ; je pense même dépenser d'avantage depuis que j'utilise des logiciels libres. Mais je dépense différemment : je cotise tous les ans à des associations de défense du Libre (sans compter le temps que je consacre à divers projets : évangélisation, traductions, rapports de bogue...) plutôt que de payer pour avoir le droit d'utiliser restrictivement tel logiciel ou sa mise à jour.

À l'autre bout de la chaîne, qui est assez fou pour développer des logiciels et rendre son travail librement accessible ?

Certaines idées reçues semblent heureusement perdre du terrain. Aujourd'hui on n'assimile plus systématiquement logiciel libre à logiciel amateur bricolé par un passionné. Les logiciels libres les plus connus sont le fait de grosses structures, le plus souvent commerciales (Red Hat, Intel, HP, Google...). Celles-ci trouvent un intérêt financier à embrasser le modèle du logiciel libre : mutualisation des coûts, commercialisation de services associés au logiciel...

À côté de ces organisations, il reste bien sûr un très grand nombre de logiciels libres qui sont conçus par des passionnés. Ces derniers n'ont, la plupart du temps, pas d'ambition financière pour leur projet. Ils développent le logiciel dont ils ont besoin et décident de le partager le plus largement possible en en faisant un logiciel libre. Parfois l'auteur met en place sur son site un moyen vous permettant de lui faire un don d'argent, même d'un montant modeste, pour le remercier si vous avez apprécié son travail. Des services comme Flattr tentent d'organiser et de systématiser cette démarche.

Dans cette perspective, Cyrille BORNE propose sur son blogue une idée que je trouve très intéressante et qui pourrait mettre de l'huile dans les rouages de l'écosystème des logiciels libres. Il s'agirait de concevoir une plateforme de mise en relation des utilisateurs et des codeurs : un utilisateur ayant besoin qu'on lui code un certain type de logiciel (ou une certaine fonction actuellement manquante dans un logiciel donné) y publierait son offre de travail comprenant une proposition de rémunération forfaitaire. D'autres utilisateurs ayant les mêmes besoins pourraient s'associer à l'offre, augmentant ainsi la rémunération promise. Bien entendu le codeur intéressé devrait rendre son travail sous forme de logiciel libre.

Mise à jour : lire aussi Des places de marché pour les logiciels libres et open source (philippe.scoffoni.net)

3 commentaires

#1 samedi 04 décembre 2010 @ 15:54 Jean a dit :

L'idée est plaisante mais pourrait handicaper grandement notre profession de développeur...
A moins, bien sur, que la rémunération promise soit au moins à la hauteur d'un salaire moyen et là c'est effectivement une pierre 3 coups :
1) On touche un salaire
2) On est indépendant \o/
3) On en fait profiter toute la communauté du libre

Mais il y a également la confrontation de l'esprit du Libre au capitalisme :
Quel professionnel sera prêt à payer un travail que son concurrent pourra télécharger ensuite ?
De plus, si je suis le dit concurrent, quel intérêt ai-je à m'associer alors qu'il suffirait d'attendre que mon concurrent paye la totalité du travail pour le récupérer gratuitement ensuite ?

#2 samedi 04 décembre 2010 @ 21:12 Eric a dit :

Bon désolé : je vous conseil d'éviter flatr et de prendre une alternative libre, et décentralisé

http://www.creationmonetaire.info/2010/12/numerama-installe-le-pire-flattr-un.html

p2pfoundation.net/P2P_Currency_Systems

#3 mardi 07 décembre 2010 @ 22:04 Fred a dit :

Le code, c'est 10% de la problématique du développement d'un logiciel. Beaucoup de code est rejeté par les communautés du libre, car c'est d'abord un travail de conception et d'adéquation avec les besoins et les usages qui compte. S'il suffisait de collectionner les fonctionnalités, Mozilla n'aurait pas abandonner sa suite web pour repartir sur un projet de navigateur "dégraissé"...

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