Flash, ou la fin du Web

Rédigé par antistress le 28 mai 2007 - Aucun commentaire

J'ai fait un rêve.

Les humains du monde entier pouvaient enfin dialoguer les uns avec les autres.

Ils avaient réussi à dépasser les limites naturelles que le monde physique leur imposait et qui restreignaient jusque là considérablement leurs capacités de communication et de dialogue. En effet, si le monde physique permettait naturellement à chaque individu de rentrer en communication avec un autre (chaque individu étant muni d'un équipement universel comme le couple bouche-oreilles), il était cependant nécessaire que deux individus (ou plus) se trouvent à proximité l'un de l'autre pour que la communication puisse s'établir. Il s'agissait là d'une importante contrainte inhérente aux humains.

La technologie avait permis de réaliser un progrès décisif en offrant aux humains le moyen de s'affranchir de cette limite naturelle.

Au moyen d'ordinateurs connectés à un réseau mondial (appelé « Internet »), il était dorénavant possible à deux humains (ou plus) situés à n'importe quel endroit de la planète de communiquer entre eux !

Les ordinateurs interconnectés étant disparates, les humains durent inventer un moyen commun au moins aussi universel que le couple bouche-oreilles pour permettre à un dialogue de s'établir. Ils créèrent un protocole de communication universel (le « HTTP ») qui, couplé à un format de communication tout aussi universel (le « HTML »), permettait à chaque ordinateur de rentrer en communication avec n'importe quel autre sans ce soucier de savoir quels matériels ou quels logiciels composaient ledit ordinateur. De cette façon, chaque ordinateur pouvait parler à tous les autres et écouter ce que tous les autres avaient à dire. Bien sûr, ces protocole et format étaient publics et chacun pouvait les utiliser à sa guise, sans discrimination.

Ainsi naquît un vaste espace virtuel de communication libre d'accès, le « Web », dépourvu des contraintes du monde physique, et dont le seul but était de permettre à l'humanité entière d'entrer en communication. Quelle révolution pour l'humanité !

Puis vînt le format Flash.

Ce nouveau format proposait d'agrémenter le Web d'artifices superflus mais néanmoins flatteurs. De sorte que son usage se répandit à grande vitesse pour finalement devenir incontournable dans une grande partie du cyberespace.

Mais à la différence du HTML, Flash ne visait pas l'universalité.

Flash était un format dont le secret était jalousement gardé par son créateur.

De fait, seul celui-ci décidait quels ordinateurs et quels logiciels avaient le droit d'accéder à ce format secret. Et seuls ces privilégiés, arbitrairement choisis, pouvaient communiquer entre eux, dans un cyberespace désormais fractionné, cloisonné de barrières artificielles.
Des pans entiers de l'humanité pouvaient à tout moment être arbitrairement exclus de portions de plus en plus grandes du cyberespace.

Les humains, appâtés par le clinquant de leur nouvelle prison, abandonnèrent peu à peu, sans s'en apercevoir, leur liberté.

Ils rétablirent des barrières pires que celles qui existaient dans le monde physique. Pires, car celles-ci étaient artificielles, délibérées, arbitraires.

Et ce fut la fin du rêve.


Post-scriptum

Ce billet traite des formats ouverts qui sont la garantie de notre indépendance, de notre liberté et de l'absence de discrimination dans le monde numérique.

Le portage des contenus dans le monde numérique pose la question nouvelle de leur accessibilité.
À l'inverse du livre-papier, du disque vinyl, ou de la cassette VHS, formats universels et neutres, les formats du monde numérique conditionnent l'accès à l'œuvre qu'ils véhiculent.

Choisir des formats fermés, c'est remettre votre liberté entre les mains de sociétés privées qui décideront seules, à l'avenir, de vous permettre d'accéder ou non à vos données ainsi qu'à celles des autres.

Ne laissez pas des sociétés privées s'approprier le savoir et diviser l'humanité, ne les laissez pas décider pour vous : il n'y aucune fatalité.
Faites le choix des formats ouverts pour conserver, dans le monde numérique, votre liberté, celle là même qui vous semblait aller de soi jusqu'à présent. C'est votre droit, et c'est aussi votre devoir.

Ceci est un article issu de l'ancienne version du site.

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