Je suis un mutant, et mon super-pouvoir est l'empathie

Rédigé par antistress le 25 décembre 2019 (mis à jour le 15 juillet 2020) - 2 commentaires

Professeur Xavier et Magnéto, des X-Men

Déjà, pour ceux qui ont manqué l'épisode précédent, j'exerce le beau métier de CPE depuis un peu plus de cinq ans maintenant.

Et c'est dans le cadre d'un questionnement sur mon exercice de ce métier, et après avoir effectué quelques recherches, que la vérité m'est apparue.

J'explique en deux petites heures dans ce podcast en quoi consiste le métier de Conseiller Principal d'Éducation (pour ceux qui n'ont pas le temps ou le courage de m'écouter palabrer, vous avez aussi ce résumé en chanson – qui n'est pas de moi).

Symptômes et questionnement

Symptômes

Les symptômes que j'ai notés et que je vous dévoile ici, se rapportent à différents éléments qui, pris ensemble, constituent ma personnalité : mes valeurs, mes talents, mes goûts, mes traits de caractère.

La matière première, si je puis dire, du métier que j'exerce est l'humain.

Ce métier (pour faire simple : celui d'éducateur d'adolescent·e·s) s'accorde avec un certain nombre de mes valeurs, parmi lesquelles figurent la bienveillance et le tact.

Par ailleurs, j'ai pris conscience assez rapidement à cette occasion de certains de mes talents, comme une grande réceptivité aux signaux de communication non verbaux. Dans un métier où l'on travaille l'humain dans toute sa complexité et sa pudeur, cela s'est avéré très rapidement un atout précieux.

J'ai aussi le goût de côtoyer les adolescent·e·s : leur intensité, leurs certitudes comme leurs questionnements, leur façon d'habiter le monde me désarment. Sur quoi mon métier est à nouveau parfaitement aligné.

J'ai enfin pris conscience, mais beaucoup plus lentement, de ce qui est à la fois un talent et un goût : ma capacité à créer un lien étroit, à entrer profondément en contact avec un·e adolescent·e lors d'un échange interpersonnel.

Enfin, un de mes traits de caractère est d'être facilement bouleversé : par un paysage, par un écrit, par une musique ou une chanson (d'autant que je suis sensible aux voix), par un film (je passe beaucoup de temps à essuyer mes larmes au cinéma)… mais aussi à l'occasion de mon travail : comme témoin d'une scène de vie adolescente, par la connaissance d'une difficulté de parcours d'un·e adolescent·e…

Et – ce qui m'étonne, et m'interpelle au plus haut point – c'est que, dans tous ces cas, je m'aperçois que ces situations me procurent des shoots de bien-être.

Questionnement

Mon questionnement est en réalité double, puisque je vais aborder successivement un questionnement éthique et un questionnement physiologique (quant au fonctionnement de mes émotions).

Comme je me pose beaucoup de questions, j'en viens à avoir en tête l'image d'un Eugène Victor Tooms, méchant perturbant qui apparaît dans l'un des premiers épisodes de la série télévisée X-Files (que j'ai eu la chance de voir à l'adolescence). Tooms s'avérera être un mutant, tuant en série pour se procurer des foies humains qui lui permettent ensuite de vivre en hibernation pendant plusieurs décennies et ainsi de ne pas vieillir au même rythme que les humains typiques. Avec cette interrogation, propre à cet épisode (et qui a été exploitée dans d'autres histoires fantastiques), que Tooms n'était peut-être pas à proprement parler un méchant (au sens moral) puisqu'il tuait en réponse à un besoin naturel vital. Ce qui n'enlève, bien sûr, rien à sa dangerosité.

Cette interrogation peut se traduire dans mon cas par une question mettant en jeu l'éthique : lorsque j'active ma capacité d'empathie (comme support pour des outils de mise en mots des émotions et sentiments de type écoute active, posture de l'aidant dans l'approche centrée sur la personne ou approche rogérienne, etc.) au cours d'un entretien avec un·e adolescent·e en difficulté, est-ce que, au fond, je le fais en réponse à un besoin naturel qui m'est propre (pour recevoir un shoot envoyé par mon système biologique interne de récompense à l'occasion de l'établissement du lien empathique) ou pour le bien éducatif de l'adolescent·e en face de moi (laquelle/lequel a effectivement – et je pense pouvoir le dire à peu près objectivement – besoin d'être entendu et aidé à ce moment là) ?

Question vertigineuse, s'il en est. Nous y reviendrons.

Un autre questionnement est ma grande sensibilité. Je n'en souffre pas – j'en tire au contraire beaucoup de plaisir, ou en tout cas du bien-être – mais elle m'interpelle puisque je me rends compte que je peux me trouver envahi d'émotions par le simple fait d'être témoin, d'imaginer ou d'évoquer des situations tristes ou encore de me mettre à nu. Nous y reviendrons également.

Arrivé à ce stade de cette introspection partagée, peut-être me ferez-vous remarquer que je n'ai encore rien dit d'une éventuelle mutation me concernant, sujet pourtant promis dans le titre du billet. J'y arrive tout de suite.

Tentative d'interprétation

Forme initiale

Enfant, à la fois je bégayais et j'articulais peu.

Mes parents m'ont inscrit chez une orthophoniste pour cela.

Je crois me rappeler aussi la sensation de frustration que le débit de mes paroles n'aille pas aussi vite que celui de ma pensée.

En grandissant j'ai appris à contourner la difficulté du bégaiement, d'abord en réfléchissant à l'avance à mes mots – en me demandant si tel ou tel mot allait sortir ou rester bloqué avant de le prononcer – puis en tentant de me détacher de ce que j'allais dire pour en diminuer la charge émotionnelle (par exemple en revêtant un rôle, ce qui peut assez facilement être fait dans le cadre professionnel).

Je pense, sans aucune preuve, qu'une des conséquences de cette situation initiale est peut-être le fait que, de première part, encore aujourd'hui je me sens infiniment plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral ; de deuxième part, je prends un soin maniaque à choisir mes mots et mes tournures de phrase à l'écrit (et je tire une certaine fierté à être régulièrement félicité pour mon style d'écriture) ; de troisième part, j'ai un monde intérieur plutôt développé au sein duquel je rejoue régulièrement les scènes que j'ai vécu de manière non satisfaisante et j'imagine les scènes que je vais avoir à jouer, pour m'y préparer. Mais comment savoir si ces traits présents chez moi le sont chez les autres, s'ils me sont propres ou s'ils sont communs à mon genre ?

En tout cas je souscris à la théorie des intelligences multiples, et, bien que je me considère très intelligent d'un certain point de vue (la modestie ne fait pas partie de mes traits de caractère, vous l'aurez compris), en l’occurrence du point de vue logico-mathématique, je me considère comme ayant de très faibles capacités sociales. Rien dans les relations sociales ne me parait facile ni évident, et je me souviens très bien que, étant enfant, je m’efforçais de décrypter les attitudes des enfants à l'aise en société pour tenter de les imiter, quitte à essayer de trouver des « trucs » à cet effet.

J'ai aussi une peur, que je crois exacerbée, du ridicule en public (comme toute le monde ?).

Depuis, j'ai exercé un premier métier où, pendant plus de treize ans, j'ai dû parler régulièrement face à un public de plusieurs personnes (et, plus occasionnellement, devant des salles remplies). Je pense que cela m'a permis d'affiner mes stratégies de contournement et, aujourd'hui, je n'ai pas l'impression de bégayer autrement que très occasionnellement.

J'aurais tendance à penser que cela me demande toutefois un effort continu – quoiqu'inconscient – car, lorsque je suis bien fatigué, tout part en couilles : je n'articule plus et je me mets à faire des erreurs d'orthographe. Par ailleurs, en cas de conflit interpersonnel émotionnellement impliquant, je vais me trouver littéralement vidé de mon énergie et bon pour aller me coucher en rentrant.

Voilà d'où je viens et, en quelque sorte, qui je suis.

Et, tandis que je m'étonne de ma sensibilité exacerbée (cf. l'introduction), notamment dans des situations où je prends la parole pour dire quelque chose qui me tient à cœur (en face-à-face comme face à un public) tout en constatant que je suis en train d'être submergé par mes émotions (que je peux d'ailleurs utilement choisir de laisser monter pour donner démonstrativement plus de poids à mon propos), je me souviens tout d'un coup avoir lu/entendu quelque chose au sujet du bégaiement, comme quoi des adultes parviendraient à le juguler au moyen d'une adaptation du fonctionnement de leur cerveau.

Et si c'était lié ?

Mutation

Là je dois dire que j'ai lu tout un tas de choses très intéressantes, issues de découvertes assez récentes permises par le développement des neurosciences (portées par la possibilité actuelle d'étudier, par imagerie, le cerveau en fonctionnement), et qui semblent s'appliquer à mon cas, sous réserve toutefois du biais de confirmation que je ne peux pas exclure (et c'est frustrant).

On peut lire, par exemples :

Ici, que : Chez les adultes bègues, on observe une hyperactivité dans les cortex de l’hémisphère droit et une mauvaise coordination entre les cortex cérébraux qui planifient et exécutent la parole. Reste à déterminer si les différences anatomiques et fonctionnelles sont la cause du bégaiement ou sont une adaptation au bégaiement dans le cerveau adulte.

Ici, que : Dans certaines régions de l'hémisphère gauche de l'encéphale, la proportion de matière grise est apparue moins dense et les connexions neuronales moins nombreuses. En revanche, d'autres régions du même hémisphère sont apparues suractivées, de même que l'hémisphère droit.

Et , que L’anomalie principale sur le cerveau adulte bègue résiderait dans une mauvaise répartition des tâches entre les deux hémisphères. En effet, l’opercule rollandique gauche (zone de Broca) du cerveau des bègues présente une déconnexion (mauvaise connexion entre les neurones). De ce fait le cerveau droit va hypercompenser. Mais l’hémisphère droit n’étant pas spécialisé dans le langage, les risques de bégayages sont accrus. […] Il n’y a cependant pas de fatalité. En effet, les spécialistes ont remarqué chez les personnes "guéries" du bégaiement, une autre partie du cerveau qui viendrait prendre le relais pour compenser la déconnexion, il s’agit de la zone orbito-frontale gauche.

Puis :

Ici, que : Le cortex orbitofrontal est la zone directement reliée à la régulation des émotions, aux capacités d’affection et d’empathie. Cette zone est également prépondérante pour la bonne construction des relations humaines et de la vie sociale en général car c’est cette partie du cerveau qui, entre autre, développe notre sens moral et nos capacités à entreprendre des actions.

Et , que : Cette partie du cortex préfrontal est en connexion avec le thalamus. Parce qu'il est actif dans les émotions et le système de récompense, le cortex orbitofrontal est souvent considéré comme faisant partie du système limbique.

D'après la page Wikipédia consacrée, le système limbique est aussi appelé le cerveau émotionnel.

Concernant le système de récompense, toujours : Pour le psychiatre américain Gerald Maguire, spécialiste de la médication du bégaiement, le taux de dopamine est très élevé chez les enfants qui bégaient, et cela persisterait à l'âge adulte. Une de ses études a suggéré un taux de dopamine supérieur de 50% à 200% dans certaines zones des cerveaux bègues. Les généticiens Chinois ont eux suggéré un nombre trop importants de récepteurs de dopamines.

D'après la page Wikipédia consacrée, la dopamine est une molécule biochimique qui renforce les actions habituellement bénéfiques telles que manger un aliment sain en provoquant la sensation de plaisir ce qui active ainsi le système de récompense/renforcement.

Enfin (mais la fiabilité de la source n'est pas du tout établie) que : Le cerveau droit, c’est le siège de l’intuition, de la créativité, de l’imagination, des émotions et de la pensée fulgurante.
La première chose, c’est que le cerveau droit pense en arborescence. Du coup, il explore plusieurs pistes à la fois et a une vision globale des choses. Ensuite, les sens sont plus développés (hyperesthésie) et peuvent parfois se mélanger entre eux (synesthésie). C’est pour ça que certaines personnes voient des chiffres ou des mots en couleur, par exemple.
Les émotions des cerveaux droits dominants sont également plus intenses, ils ont une plus grande sensibilité et ont une très grande empathie, c’est à dire qu’ils arrivent à ressentir littéralement les émotions des autres.

Pour l’anecdote, la synesthésie était la base du super-pouvoir très poétique du personnage Emma Coolidge dans la série télévisée Heroes.

Les propos cités à travers tout ce chapitre proviennent de différentes sources dont je serais bien incapable d'attester le sérieux. J'ai toutefois constaté que certaines informations se retrouvaient à différents endroits (notamment l'hyperactivité de l’hémisphère droit chez le bègue adulte, ou encore celle du cortex orbitofrontal). Pour les autres informations, les sources étaient plus isolées et elles doivent sans doute être prises avec un grain de sel en attendant l'avis d'un spécialiste, notamment le dernier paragraphe : si l'asymétrie cérébrale semble bien établie, l'attribution de traits de caractères en fonction de la prédominance supposée d'un hémisphère est généralement rejetée, en tous cas chez les neurotypiques. Pour une synthèse, la page Wikipédia ad hoc semble néanmoins reprendre une bonne partie des éléments de ce chapitre.

Forme finale

En introduction j'ai tenté de décrire de manière empirique mon état émotionnel lors de certaines situations de mon quotidien.

Un effort de définition s'impose pour y voir plus clair quant au fameux super-pouvoir que j'ai acquis.

L'hypersensibilité est une sensibilité plus élevée que la moyenne, pouvant être durable ou temporaire. D'après des études, les personnes hypersensibles représenteraient 15 à 25% de la population. […] C'est une neuroatypie : la personne ressent les émotions de façon plus forte que les neurotypiques, mais suivant un effet de seuil. Ainsi, une situation émotionnelle de faible intensité sera vécue sans réaction, ce qui peut parfois laisser penser que les personnes hypersensibles sont froides et hautaines. Par la suite, la courbe s'accorde sur celle des personnes neurotypiques puis, à partir d'un certain seuil, la dépasse. (source). Ce qui alors peut se traduire par cette jolie phrase de Cécile Guéret : être hypersensible, c'est être relié plus fort aux autres .

Je ne saurais (n'oserais ?) affirmer définitivement que j'ai ce trait de caractère. Pas évident de juger lorsque l'on n'a que soi-même comme référence. Mais je ne l'exclus pas non plus, notamment au regard de cet effet de seuil décrit, ou encore compte tenu du fait que l’habituation hédonique ne fonctionne pas bien chez les hypersensibles qui restent bouleversables par chaque retour du printemps , deux symptômes qui pourraient sans doute se retrouver chez moi. Dans le doute, j'ai plutôt parlé jusqu'ici de grande sensibilité ou de sensibilité exacerbée .

L'empathie est la capacité à se mettre à la place d'une autre personne pour comprendre ses sentiments et ses émotions, voire ses états non-émotionnels, comme ses croyances. Dans ce dernier cas, il est plus spécifiquement question d’empathie cognitive. (source)

Dans le détail, on distingue donc l'empathie émotionnelle, qui désigne la capacité à ressentir les états affectifs d'autrui, de l'empathie cognitive, c'est-à-dire la capacité à comprendre les états mentaux d'autrui.

(Il y aurait même un étage encore avant, qui serait celui de l'empathie mimétique, déclenchée par nos neurones miroirs).

Ensuite, l'empathie se distingue de la sympathie et de la contagion émotionnelle par le fait que la réponse empathique aux états affectifs d'autrui se produit sans que l'on ressente soi-même la même émotion, ou même une émotion quelle qu'elle soit.

La contagion émotionnelle c'est lorsqu'une personne éprouve le même état affectif qu'une autre, sans conserver la distance entre soi et autrui.

La sympathie est la réaction ou la motivation émotionnelle qui conduit à un comportement prosocial (aider l'autre). Par comparaison, l'empathie c'est la compréhension de l'autre, la sympathie c'est vouloir le bien-être de l'autre : c'est un peu l'étape suivante.

J'avoue que j'ai un peu de mal à me situer au sein de ces différents concepts.

Il m'arrive d'être très ému par exemple lorsque j'évoque des parcours heurtés d'adolescent·e·s en leur absence et même en pensant à des situations abstraites et générales (empathie cognitive ?) ou encore lors d'échanges interpersonnels avec des adolescent·e·s, alors même que je conserve la distance nécessaire avec leur émotion qui me permet d'élaborer un diagnostic et une stratégie d'aide en temps réel. Cela semble se produire à des moments où je prends la parole pour décrire leur situation et leur émotion (empathie cognitive ? émotionnelle ? sympathie ? J'aurais tendance à dire que la sympathie pourrait bien être parfois présente, mais pas systématiquement, ou pas en continu sur la totalité de l'entretien : selon ma disponibilité psychique, je dirais).

Mon analyse, profane et nécessairement subjective, tendrait donc à qualifier plutôt mon vécu émotionnel dans ces situations comme étant le résultat d'une empathie, principalement cognitive, parfois émotionnelle pouvant aller jusqu'à la sympathie (à confirmer), le tout amplifié par une sensibilité exacerbée (une hypersensibilité ?) en même temps que, c'est à noter, par l’activation de mon système biologique de récompense. Sacré cocktail ?

Conclusion

En guise de conclusion, je reviendrai sur mes deux questionnements initiaux.

Au titre du questionnement éthique que je posais en introduction en ma qualité d'éducateur (plus par principe que réellement, en vérité), la question trouve sa réponse dans différents pans de la philosophie, dont principalement la question de l'autorité, laquelle permet justement l'éducation : La relation d'autorité est par nature temporaire, elle travaille à sa propre éclipse. Tout éducateur travaille à sa propre mort symbolique, tout éducateur travaille à ne plus être éducateur un jour, toute éducation réussie par définition se termine. (Eirick Prairat).

Par ailleurs l'autorité regarde plus à l'avantage de celui qui obéit qu'à l'utilité de celui qui commande (Eirick Prairat citant Rousseau).

Il est donc, selon moi, philosophiquement possible de concilier plaisir de l’éducateur à éduquer et utilité de la relation éducative pour l'éduqué, à la double condition que la seconde l'emporte toujours sur le premier et que l'éducateur sache se mettre en retrait lorsqu'il n'est plus utile à l'éduqué.

L'accomplissement de cette double condition passe nécessairement par une éthique de l’éducateur, qui doit servir de support à une volonté sans faille de celui-ci, de toujours faire passer les besoins de l'éduqué avant les siens.

Comme écrit plus haut, ce questionnement n'en était pas vraiment un pour ma part. Il s'agissait plutôt de noter une difficulté de chaque instant qu'un éducateur dans ma situation doit accepter et ne jamais perdre de vue (comme une difficulté d'élocution, en sorte ;)

Quant au questionnement tiré du fonctionnement de mon système émotionnel, si l'on admet l'hypothèse que je tends à avancer ici (à la fiabilité hasardeuse, je le souligne), d'une sensibilité accrue liée à une adaptation de mon cerveau visant à contourner une difficulté d'élocution (une mutation, donc), cela ouvre chez moi un abîme de perplexité où se mêlent la fierté de détenir les talents énoncés en introduction peut-être à un degré supérieur à la moyenne (mon super-pouvoir), et l'humilité de se dire que, loin de l'idée spirituelle d'une âme qui s'incarnerait dans une personnalité, les traits de ma personnalité sont en fait le produit d'une mutation visant à contourner une anomalie biologique initiale.

Joyeux Noël !

Mise à jour du 5 janvier 2020 : Je m'aperçois que ce billet évoque principalement les capacités émotionnelles. Mais leur exercice dépend également du contexte. Ainsi, de par leur métier (cas des aidants au sens large) ou leur exposition aux médias, des personnes peuvent voir leur empathie rétrécir, et l'on parle alors de fatigue compassionnelle (notion développée par Charles Figley). D'une manière générale, les personnes soumises à un stress peuvent voir leur capacité d'empathie provisoirement diminuer.
Pour ma part, je ne me crois pas touché par la fatigue compassionnelle dans mon métier, et j'ai pris il y a quelques années des dispositions pour limiter la manipulation de mes émotions par les médias ce qui me laisse une bonne disponibilité psychique au quotidien.
Un autre paramètre à prendre en compte est le sentiment de rivalité, qui inhibe alors l'empathie (voir les travaux de Paul Bloom sur cette question).

2 commentaires

#1  - antistress a dit :

Pour illustrer ce qui peut me toucher musicalement, voici deux performances live d'Amy Winehouse : dans la première (https://www.youtube.com/watch?v=a--3I1LvtdU) je vois un mélange de force et de fragilité, tenu par une sorte d'urgence vitale ; dans la seconde (https://www.youtube.com/watch?v=lqSKVv6YO8g) j'y décèle une générosité et un plaisir tout enfantins...

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#2  - Alex a dit :

Un grand grand merci pour cet article très honnête. Je pense personnellement que cette empathie et sympathie est une des choses qui nous fait sentir le plus humain (peut être le résultat de l'évolution qui a renforcé nos comportements pro-sociaux). Surtout une chose qui est importante est la réciprocité, qui n'a rien d'automatique, mais qui quand elle s'enclenche porte vraiment la relation sur un autre plan.

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